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	<title>MRC Seine &#38; Marne</title>
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	<pubDate>Wed, 01 Sep 2010 11:19:12 +0000</pubDate>
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		<title>Tous à la grande manifestation du 7 septembre sur les retraites</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Sep 2010 06:49:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[Le MRC sera présent à la grande manifestation du 7 septembre sur les retraites
A Paris, rendez-vous est fixé dès 14 heures à l&#8217;angle du boulevard Beaumarchais et de la rue du Chemin-Vert. (TRACT CI-JOINT)
La fédération de Paris du MRC propose à tous les élus, militants et sympathisants du MRC de tenir un point de présence, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/04/retraites.jpg"><img src="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/04/retraites.jpg" alt="retraites" title="retraites" width="150" height="150" class="alignleft size-full wp-image-1392" /></a><strong>Le MRC sera présent à la grande manifestation du 7 septembre sur les retraites<br />
</strong>A Paris, rendez-vous est fixé dès 14 heures à l&#8217;angle du boulevard Beaumarchais et de la rue du Chemin-Vert. <strong><a href="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/09/tract_retraites_paris_2010.pdf">(TRACT CI-JOINT)</a></strong></p>
<p>La fédération de Paris du MRC propose à tous les élus, militants et sympathisants du MRC de tenir un point de présence, avec une diffusion de tracts, sur le parcours de la manifestation en faveur des retraites, le mardi 7 septembre prochain. </p>
<p>Le rendez-vous est fixé à l&#8217;angle du Bd Beaumarchais et de la rue du Chemin Vert (métro Chemin Vert, ou métro Bastille à proximité) à partir de 14h. Merci d&#8217;être les plus nombreux possible dès 14h, pour installer le point de présence. Merci de venir avec des autocollants, drapeaux, affiches, etc. </p>
<p>Le tract (cf document pdf ci-après) nous permettra de participer au mouvement social tout en restant très clairs et précis sur les fondamentaux politiques du MRC.</p>
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		<title>Chevènement dans “Les inrockuptibles” : “La sécurité est un dérivatif pour Sarkozy”</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Aug 2010 07:01:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien de Jean-Pierre Chevènement à l&#8217;hebdomadaire Les Inrockuptibles, mercredi 25 août 2010.
Comment expliquez-vous ce retour brutal du discours sécuritaire chez Nicolas Sarkozy ? Est-ce uniquement pour masquer les dégâts de l’affaire Woerth ou les conséquences de la politique de rigueur ? 
Jean-Pierre Chevènement : La sécurité, pour M. Sarkozy, est un dérivatif. La question principale [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/09/che-8.jpg"><img src="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/09/che-8.jpg" alt="che-8" title="che-8" width="150" height="150" class="alignleft size-full wp-image-1541" /></a><strong>Entretien de Jean-Pierre Chevènement à l&#8217;hebdomadaire Les Inrockuptibles, mercredi 25 août 2010</strong>.</p>
<p>Comment expliquez-vous ce retour brutal du discours sécuritaire chez Nicolas Sarkozy ? Est-ce uniquement pour masquer les dégâts de l’affaire Woerth ou les conséquences de la politique de rigueur ? </strong><br />
Jean-Pierre Chevènement : La sécurité, pour M. Sarkozy, est un dérivatif. La question principale est la question économique. Nicolas Sarkozy a été pris à contre-pied depuis son élection par la crise du capitalisme financier mondialisé. Il est aujourd’hui face à une situation difficile du fait de la crise de l’euro et des plans de rigueur que l’Allemagne a réussi à imposer à tous les pays de la zone euro. Le rapport de forces entre la France et l’Allemagne et la pression des marchés financiers ne lui permettent guère que de raser les murs. L’irruption massive de ce discours sécuritaire a essentiellement pour but de masquer l’extrême difficulté d’une politique de rigueur qui doit, conformément aux exigences de Bruxelles et du pacte de stabilité, ramener le déficit de l’Etat de 8 à 3% du PIB, soit presque 100 milliards d’euros à économiser en trois ans. C’est impossible, même avec une croissance forte - qu’on ne voit pas à l’horizon. Et le concours de politiques de rigueur auxquels se livrent actuellement les gouvernements de la zone euro ne peut mener qu’à une récession catastrophique. <span id="more-1536"></span><br />
<strong><br />
Et pour masquer cette réalité objective, le gouvernement décide donc de mettre le projecteur sur les roms et de multiplier les expulsions… </strong><br />
C’est le discours classique du bouc-émissaire. Il y a bien sûr des noyaux durs de délinquance, je connais le dossier, mais on ne peut pas assimiler l’ensemble des roms à ces délinquants. On ne peut pas non plus assimiler les roms et les gens du voyage, ça n’a rien à voir. Le risque est grand de générer des amalgames. Personne n’est vraiment dupe dans le fond ; le gouvernement n’utilise pas de simples ficelles, il déroule un câble. Il y a un pas qu’aucun gouvernement ayant un peu de déontologie ne devrait franchir. A force de généralisations abusives, il a été franchi. C’est la raison pour laquelle la gauche , selon moi, ne doit pas tomber à pieds joints dans le piège qui lui est tendu. L’inégalité devant la sécurité est une réalité, il y a des gens qui souffrent plus que d’autres de la délinquance au quotidien. C’est un terrain très glissant pour la gauche. Elle devrait le savoir par expérience, et elle va devoir confier sa riposte à des gens qui savent de quoi ils parlent.</p>
<p><strong>Dans quelle mesure la gauche est-elle prête ? Qui au-delà d’un Manuel Valls, spécialistes des sorties sécuritaires, peut tenir un discours crédible sur le sujet ? </strong><br />
La plupart des maires de gauche ont une bonne culture de ce qu’est la guerre contre la délinquance, puisqu’ils président les comités de prévention. La gauche doit comprendre que la prévention ne suffit pas. Je ne vais pas rentrer dans des considérations de personnes, j’observe simplement que le Parti Socialiste a très peu travaillé sur ces questions depuis 2002. Alors que les couches populaires, qui constituent en principe le cœur de l’électorat que doit viser la gauche, sont particulièrement victimes de la délinquance. Une politique de reconquête des couches populaires passe bien sûr d’abord par une autre politique économique, mais aussi par une politique à la fois ferme et républicaine dans le domaine de la sécurité. L’idéologie victimaire compassionnelle n’est pas la solution. Peut-être certains dirigeants du PS ne souhaitent-ils pas faire trop référence à une police de proximité dont j’ai été le concepteur. </p>
<p><strong>Est-ce qu’il existe des solutions de gauche concrètes dans le domaine de la sécurité ?<br />
</strong>La gauche doit surtout se méfier de certains réflexes conditionnés, laisser de côté sa « culture de l’excuse ». On ne peut pas se soucier que du délinquant, et laisser tomber les victimes. De 1999 à 2002, la gauche a mené sur le sujet un politique sérieuse et réfléchie : nous avions créé la politique de proximité. Peut-être l’extension, en 2002, de cette police aux petites circonscriptions n’était-elle pas opportune : la police de proximité est en effet très consommatrice d’effectifs. </p>
<p><strong>Sur le plan des effectifs justement, la gauche s’est peu exprimée sur le hiatus entre le retour du discours sécuritaire et l’annonce de la baisse des effectifs de la police… Comment un gouvernement peut-il être crédible en faisant simultanément annonce de ces deux décisions en parallèle ? </strong><br />
C’est une très bonne question, la gauche n’a pas utilisé cet argument alors qu’il est pourtant très convaincant. On peut aussi parler du malaise de la police, qui est une réalité. J’ai gardé suffisamment de contact pour vous dire que la politique actuelle – celle du chiffre - n’est pas populaire chez les policiers. </p>
<p><strong>Propos recueillis par Pierre Siankowski</strong></p>
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		<title>Philippe Zarifian, sociologue : “Prendre soin du travail”</title>
		<link>http://www.mrc77.org/?p=1522</link>
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		<pubDate>Wed, 18 Aug 2010 12:27:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Opinions & Débats]]></category>

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		<description><![CDATA[Intervention lors du colloque de Cerisy,
&#8220;Prendre soin : savoirs, pratiques, nouvelles perspectives&#8221; (1)
Intervention réalisée le 14juin 2010 au matin.
Par Philippe Zarifian
1. Préalables.
1.1. Les deux concepts de base.
Je prendrai appui sur 2 concepts que je prendrai comme des a priori, tous les deux empruntés à la philosophie :
le concept de &#8220;devenirs&#8221; (au pluriel) que l&#8217;on trouve [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Intervention lors du colloque de Cerisy,<br />
&#8220;Prendre soin : savoirs, pratiques, nouvelles perspectives&#8221; (1)<br />
Intervention réalisée le 14juin 2010 au matin.<br />
Par Philippe Zarifian</strong></p>
<p><strong>1. Préalables.<br />
1.1. Les deux concepts de base.</strong><br />
Je prendrai appui sur 2 concepts que je prendrai comme des a priori, tous les deux empruntés à la philosophie :<br />
le concept de &#8220;devenirs&#8221; (au pluriel) que l&#8217;on trouve chez Nietzsche, Bergson et Deleuze. Même si ces trois philosophes  prennent le concept de &#8220;devenir&#8221; selon des significations assez différentes, tous s&#8217;accordent à dire que le devenir est un flux permanent de mutations, qui s&#8217;enfonce dans le futur, avec à la fois conservation de ce qui est (du passé) et production permanente de nouveauté.</p>
<p>Dans ce flux permanent de micromutations, qui ne s&#8217;arrête jamais, certaines mutations vont se révéler marquantes et vont dominer une période historique, marquantes du point de vue de la communauté humaine qui les considère, mais aussi du point de vue de la brutalité de la rupture objective qu&#8217;introduit une mutation donnée. Mais, quel que soit le caractère marquant de cette mutation, il ne faut jamais perdre de vue le fait qu&#8217;il n&#8217;y a jamais arrêt : les mutations sont sans cesse à l&#8217;œuvre. Elles expriment ce que la philosophie Zen appelle &#8220;l&#8217;impermanence du monde&#8221; (2). Il existe un impératif philosophique : ne pas moraliser ces mutations, ne pas porter un jugement moral &#8220;a priori&#8221;, ne pas tomber dans les catégories du &#8220;bien et du mal&#8221;.  Certes, on n&#8217;empêchera jamais qu&#8217;un individu ou une communauté humaine attribuent à ces mutations, des vertus qui seraient exemplaire d&#8217;un certain ordre moral. Dès qu&#8217;on procède à cette attribution artificielle, on bascule de la philosophie dans la religion ou son équivalent : une morale abstraite.<br />
le concept de &#8220;puissance&#8221;, puissance de pensée et d&#8217;action. Ici je fais explicitement référence à Spinoza. Je ferai, vous le comprendrez bien, l&#8217;économie de la présentation de ce concept au sein de la théorie de Spinoza. Mais je soulignerai juste un point : la puissance, dont la détention singularise tout individu (humain ou non), est objet de variations permanentes : des accroissements de puissance, qui sont liées à des affects de Joie, et des affaiblissements de puissance, associées à des affects de Tristesse.</p>
<p>La puissance de penser et d&#8217;agir, d&#8217;un individu donné, est donc sans cesse soumise à des variations. Il importe de les connaître. Par exemple, pour prendre un exemple ordinaire, un individu qui est sous le coup d&#8217;une colère (affect triste) perd une partie de ses moyens, affaiblit sa puissance (et d&#8217;abord sa puissance de pensée)… La conséquence en est importante : au lieu, là encore, de raisonner de manière morale, dans les codes du &#8220;bien&#8221; et du &#8220;mal&#8221;, Spinoza nous invite à un déplacement de perspective : raisonner en termes de &#8220;bon&#8221; et de &#8220;mauvais&#8221;, sous un angle très matérialiste, qu&#8217;il emprunte à la médecine : tel poison, par exemple, peut être très mauvais pour le corps et conduire à sa mort sous sa forme existante (à sa complète dissociation). Néanmoins, ce poison n&#8217;est un &#8220;mal&#8221; en soi. S&#8217;il peut y avoir mal, ce n&#8217;est pas dans l&#8217;effet du poison, mais dans les intentions de celui qui l&#8217;a administré.</p>
<p><strong>1.2. La question de la conflictualité.<br />
</strong>De nombreux écrits, que ce soit en psychologie ou en philosophie, croient pouvoir parler de l&#8217;humain &#8220;en général&#8221;, de manière indépendante des périodes historiques et des types de rapport de domination, d&#8217;insoumission, de conflictualité qui marquent ces périodes.<br />
Le sociologue ne peut souscrire à une pareille impasse. </p>
<p>Si je me limite à la question du &#8220;travail&#8221;, je dois aussitôt dire de quel travail il s&#8217;agit, inséré dans quels rapports sociaux. Dans mon intervention, je parlerai du travail salarié, avec tout ce qui le singularise des autres formes de &#8220;travail&#8221;.  Or tout travail salarié, pris dans le rapport capital – travail, suppose intrinsèquement conflictualité, ne serait-ce qu&#8217;à cause de la relation de subordination juridiquement inscrite dans la relation du salarié à son employeur. Associé au risque permanent que la subordination ne se transforme en soumission.</p>
<p>Cela signifie que parler du &#8220;travail en général&#8221;, de manière indépendante de tout rapport social et de toute période historique, possède un intérêt médiocre. Marx lui-même a couru ce risque. Dire par exemple que travailler, c&#8217;est transformer de la matière de telle sorte qu&#8217;elle corresponde à des besoins humains, fait partie de ces &#8220;généralités vides&#8221;, comme l&#8217;indique Spinoza, généralités paresseuses, qui ne nous font pas avancer d&#8217;un pouce !!!</p>
<p>Je reviens sur la question de la conflictualité, inhérente au travail salarié sous le capitalisme.<br />
L&#8217;analyse de la conflictualité est un point difficile :<br />
conflictualité ne signifie pas nécessairement conflits ouverts, et moins encore conflits collectifs. Par exemple, ces dernières années, le niveau de conflictualité s&#8217;est nettement accru à France Télécom, alors qu&#8217;aucun conflit collectif significatif ne s&#8217;est produit. Toute la conflictualité s&#8217;est reportée sur les individus qui l&#8217;ont intériorisée. Dans de telles conditions, la conflictualité, faute de pouvoir s&#8217;exprimer, se retourne contre l&#8217;individu : culpabilité, ressentiment, absence de perspective, donc crainte, toute une série d&#8217;affects tristes s&#8217;enchaînent et affaiblissent cet individu.</p>
<p>La conflictualité n&#8217;oppose pas de manière simpliste direction et salariés. Il existe des conflits d&#8217;orientation qui traversent les directions. On peut citer le conflit récurrent entre une approche industrialiste et une approche servicielle de la stratégie, avivée par les pressions du capital de placement financier. Ces conflits traversent aussi les salariés. On peut identifier, si l&#8217;on s&#8217;en tient aux orientations défendues, des jeux d&#8217;alliances possibles – par exemple autour d&#8217;une stratégie orientée vers le service – qui ne se concrétisent pas parce que les partisans de cette orientation se situent à des places trop éloignées de la division du travail et de la hiérarchie pour pouvoir se connaître, et moins encore agir ensemble.</p>
<p>Enfin, la conflictualité inhérente à la condition salariale n&#8217;annule pas le sens de l&#8217;individualité moderne et de la citoyenneté : quel que soit le degré de subordination, voire de soumission, que subit un salarié, il peut penser et revendiquer ses droits de citoyen, égal à tout autre, ce qui rend toute tentative de transformer la subordination en soumission d&#8217;autant plus contestable et difficile à supporter.</p>
<p><strong>2. La mise en disparition du travail.<br />
</strong>Il s&#8217;agit là d&#8217;un phénomène qui a commencé d&#8217;apparaître il y a plus de 30 ans et qui produit tous ses effets délétères aujourd&#8217;hui.  Le travail devient invisible. Il disparaît des débats. Tout se passe comme si il n&#8217;existait plus, s&#8217;il ne restait que des emplois. </p>
<p><strong>2.1. Au niveau sociétal.<br />
</strong>Il a existé, au milieu des années 70, un véritable débat social public autour de la crise du travail, associé à la crise du taylorisme. Cela s&#8217;est traduit par des efforts véritables pour changer l&#8217;organisation du travail, par un discrédit intellectuel du taylorisme, par la création d&#8217;organismes tels que l&#8217;ANACT ou le CEREQ, organismes de vigilance sur les conditions d&#8217;exercice du travail, du point de vue de la santé et de la qualification des travailleurs.</p>
<p>Mais depuis : RIEN ! La question du travail a disparu du débat public et politique depuis plus de 30 ans…<br />
Une des meilleures illustrations en a été donnée par le débat sur les lois relatives au passage à 35h et sur le contenu de ces lois. On a pensé aux emplois qui pouvaient être créés; on a pensé à la création de temps libre. Mais rien de précis sur l&#8217;organisation du travail ! Il n&#8217;était pas besoin d&#8217;être un économiste averti pour anticiper le fait que l&#8217;application de ces lois se traduirait par une intensification du travail. Ce qui a eu lieu effectivement…!</p>
<p>De manière très récente, le travail réapparait dans le débat social, mais sous son mauvais côté : la souffrance au travail. En réalité, même vue de cette manière particulièrement négative, la question du travail n&#8217;émerge pas. Dans la plupart des propos à ce sujet, on parle de tout… sauf du travail et de ses conditions concrètes de réalisation et de reconnaissance !</p>
<p>On laisse entendre que ce sont les individus qui sont directement malades (et non pas le travail) et souvent, c&#8217;est le management qui est désigné comme le véritable coupable. Le travail réel et son organisation continuent à rester invisibles. On n&#8217;arrive pas à déboucher sur un débat public, et moins encore sur une législation à ce sujet ! On renvoie à une souffrance individuelle sans travail, mais avec force référence aux comportements pervers du management…. Il faut souligner que la mise en disparition du travail provoque en elle-même une souffrance, car ce dans quoi les individus investissent le plus n&#8217;a pas lieu d&#8217;être, n&#8217;existe pas, ne bénéficie d&#8217;aucune attention et reconnaissance directes.</p>
<p><strong>2.2. Au niveau des entreprises.<br />
</strong>La généralisation des contrôles par objectif et résultats rend, la aussi, le travail invisible. On fixe des objectifs et on mesure des résultats dit de &#8220;performance&#8221;. Et du même coup, on fait l&#8217;impasse sur ce qui se passe entre les objectifs et les résultats : sur le travail et son organisation. Il existe un progrès réel en matière d&#8217;autonomie dans le travail, mais cette autonomie se retrouve contre elle-même : sous la pression des résultats à réaliser, le salarié s&#8217;autocontrôle et fait pression…sur lui-même !</p>
<p>Nous ne sommes plus ici dans une problématique opposant le travail prescrit au travail réel,  mais dans celle d&#8217;une occultation de tout travail, seule ressortant les &#8220;procédures&#8221;, censées cadrer le travail, procédures assez peu respectées car incapables de rendre compte de la multitude d&#8217;événements dont le travail est fait.<br />
Ce type de contrôle renvoie au modèle de l&#8217;élastique : tout devient malléable et modulable, y compris l&#8217;espace et le temps, sans borne. Mais l&#8217;effet, très perceptible chez les cadres, est que le salarié n&#8217;en finit jamais avec rien. Le temps du travail déborde de tous côtés le temps de travail, en particulier sur le temps &#8220;personnel&#8221; ou &#8220;familial&#8221;. Et rapidement l&#8217;élastique se tend et provoque un rappel brutal, le temps de l&#8217;évaluation des résultats. On voit comment ici une évolution fondamentalement positive et un gain réel en autonomie, une nouvelle respiration, se trouvent minés par le mode de contrôle.</p>
<p>La problématique de la performance et son omniprésence dans les évaluations sont piégeantes à un triple titre :<br />
elles masquent les enjeux stratégiques et donc la signification de l&#8217;engagement intensif dans le travail : le salarié se trouve face à des mesures de résultat et chiffres auxquels il ne peut pas donner de signification et qui ne peuvent pas le motiver en profondeur. Par exemple : tel délai, telle norme de qualité, tel débit, oui, mais pourquoi ? Et il arrive souvent que son hiérarchique direct ne puisse pas répondre… La performance s&#8217;apparente alors un ordre militaire, sans discussion possible…!</p>
<p>Mais aussi, elles piègent la liberté, l&#8217;autonomie accordée à ce salarié ou à une équipe : non seulement parce que la performance à atteindre n&#8217;est pas discutable, mais aussi parce qu&#8217;elle peut représenter une fiction ! Il arrive, que dans les sphères &#8220;basses&#8221; de l&#8217;entreprise, la performance finisse par s&#8217;auto-justifier et s&#8217;auto-entretenir. </p>
<p>Pourquoi ?  Parce que, entre le moment où un objectif a été fixé et où intervient une mesure de résultat, il s&#8217;est glissé une multitude d&#8217;événements, dans un environnement mouvant, qui auront pu affecter la stratégie de l&#8217;entreprise. Mais, chacun le sait, entre le moment où les stratèges de l&#8217;entreprise sont amenés à reconsidérer, même de façon limitée, leur analyse et orientation et le moment où cela redescend jusqu&#8217;aux plus bas niveaux de l&#8217;organisation, il peut se passer du temps. Non pas plusieurs jours, mais plusieurs mois de décalage !!! sans compter les résistances que le management intermédiaire peut opposer… La fixation d&#8217;objectifs (au sens précis du terme : les rendre fixes) peut parfaitement déboucher sur une performance non pertinente et contre-productive. Exemple : une performance calculée en débit, autrement dit en nombre journalier de produits vendus (&#8221;placés&#8221;, quand il s&#8217;agit de contrats de services) peut devenir totalement aberrante lorsque le marché arrive à saturation et que la fidélisation des clients devient essentielle, fidélisation qui demande temps et attention aux attentes et problèmes de chaque client. </p>
<p>Enfin, puisque les objectifs de performance ne sont pas discutables, il est parfaitement possible que le salarié les juge aberrants, ne leur attribue aucune valeur positive. Le salarié travaille alors en vue d&#8217;atteindre des performances auxquelles il ne croit pas. C&#8217;est le cas par exemple d&#8217;un objectif de débit d&#8217;appel dans un centre d&#8217;appels téléphoniques.</p>
<p><strong>2.3. En arrière-plan, un changement profond et positif (3).<br />
</strong>La mise en disparition du travail correspond à une mutation profonde. Qu&#8217;appelait-on &#8220;travail&#8221; ? Pour l&#8217;essentiel, depuis Adam Smith, puis Taylor, des suites d&#8217;opérations, associées à un temps; opérations objectivables sous forme d&#8217;une liste de tâches que n&#8217;importe quel individu, nonobstant une formation à la tenue du poste de travail ou de l&#8217;emploi, pouvait accomplir. Un travail objectivé et prescrit que l&#8217;on pensait pouvoir définir indépendamment des personnes pour le réaliser. Des gestes dans l&#8217;industrie, des écritures ou des paroles dans le secteur des services.</p>
<p>Or cette objectivation du travail, pour de nombreuses raisons, est tombée en crise ou en désuétude. Elle ne dit plus rien d&#8217;essentiel ni d&#8217;actuel sur les situations et événements que les personnes &#8220;travaillant&#8221; doivent prendre en charge. Le travail prescrit devient progressivement une fiction, qui rejoint les classeurs ou les tiroirs. C&#8217;est une vision &#8220;morte&#8221; du travail, emportée par l&#8217;économie moderne.<br />
Mais il faut porter attention à un autre aspect : dès lors que le travail prescrit, les listes de tâches s&#8217;estompent, le travail dit réel, qui résistait au travail prescrit et en comblait les imperfections disparaît lui-aussi, faute d&#8217;un référent auquel s&#8217;opposer.</p>
<p>Il se produit une absorption de ce qu&#8217;on appelait &#8220;le travail&#8221; par le sujet humain agissant. On découvre que ce qu&#8217;on appelait &#8220;travail&#8221;, ayant donné lieu à des multitudes d&#8217;analyses et de nombreuses tentatives de rationalisation, s&#8217;évanouit progressivement, en renvoyant à un phénomène simple et essentiel : le travail n&#8217;est pas autre chose que la mise en action de puissances et de compétences humaines. C&#8217;est vers et sur elles qu&#8217;il faut désormais se pencher.</p>
<p>Le travail devient action pertinente au sein de situations professionnelles dont il faut acquérir et maintenir l&#8217;intelligence.</p>
<p>A ce titre, la disparition de ce qu&#8217;on appelait &#8220;travail&#8221;, dans ses modes d&#8217;objectivation, de rationalisation et de contrôle, est une bonne nouvelle ! Mais ce qui ne l&#8217;est pas, c&#8217;est le vide qui s&#8217;est créé et le très faible essor de ce que nous appelons une politique de la compétence.</p>
<p>En dernière analyse, c&#8217;est l&#8217;émergence de cette puissance de pensée et d&#8217;action (4), qu&#8217;Yves Clot appelle &#8220;pouvoir d&#8217;agir&#8221; (5), qu&#8217;il faudrait nommer aussi &#8220;pouvoir d&#8217;invention&#8221; et sa formidable capacité à faire face à de l&#8217;inédit, à du complexe, à du mouvant, sa capacité à prendre des initiatives et à engendrer du nouveau, qui, en arrière plan, bouscule et fait craquer l&#8217;ancien mode de contrôle disciplinaire. </p>
<p>La mise en disparition du travail est donc à la fois la meilleure et la pire des choses. </p>
<p>Quant au travail collectif, il apparaît là-aussi pour ce qu&#8217;il est réellement : un assemblage et une composition de compétences destiné à réaliser le même processus d&#8217;action, à affronter ensemble les mêmes enjeux.</p>
<p>Le paradoxe est vécu : les salariés se sentent affaiblis, voire rendus inutiles, alors qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais été aussi forts et indispensables !</p>
<p>On peut dès lors mieux situer le rôle du contrôle par &#8220;objectifs et résultats&#8221; : il est la tentative étroite, mesquine, douloureuse pour à la fois solliciter et, dans un même mouvement, dénier l&#8217;émergence, en tant que telle, de cette puissance de pensée et d&#8217;action.</p>
<p><strong>3. La question centrale du dialogue.<br />
</strong>La communication est au centre de l&#8217;activité professionnelle moderne et de sa productivité.<br />
Communiquer, pour aller à l&#8217;essentiel, c&#8217;est se mettre d&#8217;accord sur ce que l&#8217;on va faire ensemble. Cette notion de &#8220;production d&#8217;un accord ou d&#8217;une entente&#8221; est centrale. Elle est malheureusement souvent oubliée lorsqu&#8217;on parle de communication. Pourtant, de façon empirique, pour que deux personnes communiquent, encore faut-il qu&#8217;elles utilisent la même langue et le même langage et soient implicitement d&#8217;accord sur la signification des mots qu&#8217;elles utilisent.</p>
<p>J&#8217;ajouterai que c&#8217;est dans le dialogue que la communication concentre ses effets et ses qualités majeures :<br />
Le dialogue :<br />
suppose réciprocité,<br />
suppose des personnes égales dans leur faculté de s&#8217;exprimer et, si nécessaire, d&#8217;argumenter. Cela veut dire que, pendant le temps du dialogue, s&#8217;il est sincère et véritable, les statuts sociaux sont &#8220;mis entre parenthèse&#8221;. Dans un vrai dialogue, on discute toujours d&#8217;égal à égal (ce qui est une expression de la citoyenneté moderne),<br />
suppose l&#8217;ouverture et la poursuite : le dialogue peut être temporairement conclu et arrêté. Mais il appelle une poursuite possible et son élargissement éventuel à de nouveaux participants (ou l&#8217;inverse). Le dialogue est toujours en possibilité de se poursuivre, de s&#8217;ouvrir à d&#8217;autres humains, d&#8217;embrasser une gamme plus large de situations, de s&#8217;enrichir de nouveaux événements, de nouveaux problèmes à affronter ensemble. C&#8217;est une de ses qualités essentielles : sa relance toujours possible.<br />
Suppose enfin une intrigue, une histoire partagée en train de se faire et qui, par sa portée, dépasse le moment du dialogue. La personne qui dialogue est à la fois elle-même, elle évoque ses pensées, ses convictions, ses valeurs de vie, mais aussi un personnage, qui assume un rôle dans cette histoire partagée, en train de se faire. L&#8217;action se replace dans une activité en devenir, avec son poids propre d&#8221;objectivité et de durée, qui dépasse le caractère limité de l&#8217;action et du dialogue. Si je prends la métaphore du théâtre, chaque lieu et moment de dialogue produit ses effets propres, mais en relation avec l&#8217;ensemble de la pièce de théâtre. C&#8217;est la raison pour laquelle, j&#8217;utilise volontiers le mot &#8220;personne&#8221;, plutôt que &#8220;sujet&#8221; (personne = masque de théâtre en langue étrusque) pour marquer cette double présence dans l&#8217;action et le dialogue.<br />
Ces quatre caractères sont décisifs (6). Sans leur existence effective, parler dialogue dans une entreprise reste un pur artifice idéologique. Si j&#8217;utilise la notion de &#8220;vrai dialogue&#8221;, c&#8217;est pour renvoyer aussi à la saisie empirique de ce que cela signifie. Toute personne sait, presque immédiatement, si elle participe à un vrai dialogue ou un simulacre et on pourra vérifier que ce que les personnes ressentent comme &#8220;vrai dialogue&#8221; renvoie aux quatre caractères que j&#8217;ai  indiqués.</p>
<p>Dans une entreprise, les dialogues sont multiples : dialogues avec les collègues du même métier, dialogue entre métiers différents, dialogue avec les clients ou publics, dialogue avec la hiérarchie (sans doute le moins immédiat à établir), dialogue au sein d&#8217;un réseau, dialogue homme / machine, etc.<br />
Il est toujours intéressant de s&#8217;en tenir à la signification première des mots.</p>
<p>Prenons l&#8217;entretien annuel d&#8217;évaluation entre un salarié et son n+1.<br />
Si l&#8217;on prend le mot &#8220;entretien&#8221; au sérieux, il signifie, selon le dictionnaire, avoir une conservation, une discussion, un dialogue précisément. On peut légitimement se poser la question : est-ce qu&#8217;au cours de l&#8217;entretien, il y a eu place pour un &#8220;vrai dialogue&#8221;, porté par le souci de s&#8217;accorder ensemble ? Répondre à cette question, c&#8217;est caractériser l&#8217;entretien.</p>
<p>Mettre l&#8217;accent sur l&#8217;importance du dialogue, c&#8217;est à la fois faire fond sur une émergence réelle, permanente, inhérente à l&#8217;efficience des formes modernes de production, malgré toutes les tentatives faites pour l&#8217;étouffer ou l&#8217;empêcher, mais aussi sur un possible à amplifier.<br />
Personnellement, plutôt que de donner la priorité à une problématique du &#8220;care&#8221;, du &#8220;prendre soin&#8221;, qui me semble unilatérale, dénuée des caractéristiques centrales de la réciprocité et de l&#8217;égalité, je préfère parler d&#8217;une éthique de l&#8217;écoute et du dialogue, un dialogue &#8220;joyeux&#8221; au sens que Spinoza donne à l&#8217;affect de Joie, qui renforce donc la puissance commune des participants à ce dialogue. Qui plus est, dialoguer, c&#8217;est faire société (7), signification importante qui, là encore, n&#8217;est pas comprise dans la notion morale de &#8220;care&#8221;. Le &#8220;faire société&#8221; se tisse, de dialogue en dialogue, d&#8217;activité en activité, dans leurs croisements et interactions.<br />
Encore faudrait-il, pour utiliser jusqu&#8217;au bout les ressources du dialogue, que l&#8217;organisation du travail pense et fournisse des temps explicites pour que les dialogues puissent se nouer.</p>
<p><strong>4. Sur la souffrance au travail.<br />
</strong>J&#8217;ai évoqué le mouvement de mise en disparition du travail et tous les effets négatifs dont il est porteur, introduisant une pression permanente sur les salariés, d&#8217;autant plus douloureuse et anxiogène qu&#8217;on n&#8217;indique pas et ne voit pas sur quoi il est fait pression. On réduit l&#8217;essentiel à des objectifs et résultats. On pousse chaque personne à s&#8217;auto-exploiter. </p>
<p>Mais j&#8217;ai voulu montrer que cette mise en disparition du travail, loin d&#8217;inciter à faire réapparaître le travail prescrit, est portée par des mouvements positifs, agissant en profondeur. Par la transformation du &#8220;travail&#8221; en une action exercée par des sujets dont on peut reconnaître la puissance et les compétences et par la mise en avant, dans la préparation, la conduite, le bilan de cette action, du dialogue.</p>
<p>On pourrait poser la question : pourquoi les directions d&#8217;entreprise ont tendance à miser sur les aspects négatifs et à ne pas se saisir, encourager les aspects positifs ?<br />
On peut évoquer l&#8217;omniprésence de la question de l&#8217;emploi qui a eu incontestablement pour effet de mettre la question de la qualité du travail au second plan. Cette omniprésence, on la retrouve au sein des grandes entreprises, animées d&#8217;un souci permanent de réduire l&#8217;effectif pour abaisser les coûts et relever la rentabilité. Il est difficile de concilier mise en avant de l&#8217;importance d&#8217;un travail de qualité, ouvert sur le dialogue, avec pression permanente sur le niveau de l&#8217;effectif. La financiarisation de l&#8217;économie n&#8217;est pas pour aider !</p>
<p>Mais il y a, dans l&#8217;attitude spontanée des directions, l&#8217;action d&#8217;une autre raison, sans doute plus profonde : évoquer un retour sur la question du travail, c&#8217;est désormais, inévitablement, mettre en avant la puissance de pensée et d&#8217;action, la compétence des personnes. Et c&#8217;est interroger en profondeur le statut salarial !<br />
C&#8217;est considérer les salariés comme à la fois plus et autre chose que le statut de subordination et d&#8217;oppression au sein duquel, en tant que &#8220;simples salariés&#8221;, ils sont enfermés. </p>
<p>Je pense qu&#8217;il y a, au sein de nombreuses directions de grandes entreprises, une peur du débordement. Dès lors, les peurs s&#8217;entretiennent mutuellement. La peur des directions, la peur des salariés, et, entre le deux, la peur du management opérationnel ont tendance à se renvoyer l&#8217;une à l&#8217;autre.</p>
<p>On insiste beaucoup sur la peur des salariés. Mais on oublie les autres peurs. Et comme le disait magnifiquement Foucault, il y a de la liberté partout. C&#8217;est souvent le pouvoir et le désir d&#8217;agir qui précède l&#8217;oppression, laquelle engendre la résistance à l&#8217;oppression. Ce sont les directions d&#8217;entreprise qui résistent en opprimant, avant que ce ne soit les salariés ! Dans ce qui apparaît comme une &#8220;résistance&#8221;, la fameuse résistance du travail réel face au travail prescrit par exemple, il faut d&#8217;abord voir la puissance et l&#8217;agir. Il faut la retrouver, au-delà de la peur et de tous les affects négatifs.</p>
<p>J&#8217;en viens à la souffrance au travail.<br />
En soi, la souffrance est une manifestation. Encore faut-il en opérer le diagnostic, en expliciter les causes et raisons.<br />
Est-ce que ce que l&#8217;on appelle la &#8220;souffrance au travail&#8221; est l&#8217;expression de salariés souffrants, affaiblis, vulnérables, dont il faudrait &#8220;prendre soin&#8221; ? Faut-il partir de la vulnérabilité des personnes ? Dans ce cas, le problème ne fait que se déplacer : pourquoi cette souffrance interne et cette vulnérabilité ? Sa cause est-elle personnelle ou sociale ou les deux à la fois ? Comment agir en allant des causes aux effets et non pas l&#8217;inverse ?<br />
Personnellement, dans la suite de ce qui vient d&#8217;être dit, je privilégie nettement, dans le rapport au travail, une autre piste (8).<br />
Dès lors qu&#8217;on perçoit l&#8217;existence d&#8217;une puissance, d&#8217;un pouvoir d&#8217;agir, riche de potentialités, ouvert à des initiatives multiples, aptes à exploiter les virtuels que toute situation contient, initiatives qui ne demandent, confrontées à une réalité donnée, qu&#8217;à s&#8217;exprimer, virtuels qui ne demandent qu&#8217;à être actualisés, le regard se déplace. La souffrance n&#8217;est pas première, ni interne aux personnes. Elle surgit face aux actions et initiatives empêchées, bridées, réduites à peu, voire franchement niées. La mise en disparition du travail finit par être négation du travail, voire disparition dans sa réalité même, autant que dans sa visibilité et reconnaissance. Et, brisant ou méconnaissant les actions possibles, l&#8217;organisation du travail refoule, avec brutalité, l&#8217;histoire commune de l&#8217;activité, comme l&#8217;histoire singulière de la personne. Dans le cas de France Télécom, l&#8217;expression la plus juste de ce qui engendre souffrance réside dans la négation brutale de toute histoire, que soit celle d&#8217;un groupe social (les techniciens par exemple) ou celle d&#8217;un sujet singulier.</p>
<p>Les personnes sont placées face à un non-devenir. Quand on casse le fil de l&#8217;histoire, en particulier lorsqu&#8217;elle a été un flux de mutations, affrontées avec un certain succès, et que l&#8217;on rend l&#8217;expérience brutalement sans valeur, il n&#8217;y a plus de devenir envisageable. Toute une vie professionnelle se trouve niée.<br />
Aussi bien je pense que la pression incontestable et douloureuse mise sur les résultats, sans en examiner la pertinence, la signification, sans créer les conditions favorables à leur obtention, n&#8217;est pas la cause la plus profonde. Il faut aller plus loin, et, au-delà des pressions, voir les négations : tout ce qui dénie, à une personne, l&#8217;exercice solidairement passé, présent et futur de son pouvoir d&#8217;agir. Il y a suicide lorsque toute perspective, tout possible positif et tout espace de dialogue pour l&#8217;envisager est aboli.</p>
<p><strong>5. La question du service.<br />
5.1. La définition du service.</strong><br />
On évoque souvent, et à juste titre, la question du service dans le cadre d&#8217;une relation entre personnes et on peut alors l&#8217;envisager sous l&#8217;angle du prendre soin, comme dans le cas des infirmières. Mais je voudrais prendre cette question dans un cadre plus large et reprendre le parcours de France Télécom, comme entreprise qui, actuellement, s&#8217;affirme comme étant une grande entreprise d&#8217;offre de services.<br />
Et effectivement, en France, toutes les grandes entreprises qui viennent de la tradition de service public ont été et restent face à un choix :<br />
soit réussir à passer d&#8217;un esprit de service public à un esprit de service,<br />
soit se transformer en une grande entreprise industrielle mondialisée, singeant les recettes des grands groupes privées industrialistes. Dans cette seconde option, l&#8217;entreprise va offrir et vendre des services comme des produits, les yeux rivés sur le chiffre d&#8217;affaires, les parts de marché et le niveau de rentabilité.<br />
Pour éclairer la signification de ce choix, je propose de définir rapidement ce que l&#8217;on peut entendre par &#8220;service&#8221; sans retracer l&#8217;histoire des débats à ce sujet.<br />
Je propose de dire qu&#8217;un service est une transformation positive possible réalisée dans l&#8217;univers de vie et les dispositions de pensée et d&#8217;action des destinataires.<br />
Deux précisions :<br />
je dis &#8220;dispositions&#8221;, et non pas directement &#8220;puissance&#8221;, car on ne peut demander à un service plus qu&#8217;il ne peut offrir. Le service concourt à l&#8217;accroissement de puissance du destinataire, mais ne s&#8217;y substitue pas. La puissance sera toujours exercée par le destinataire, en composition avec d&#8217;autres puissances. Le prestataire du service doit rester modeste. L&#8217;enseignant peut concourir à développer l&#8217;intelligence des étudiants, mais ne pas croire qu&#8217;il peut se substituer à eux, et, moins encore, croire qu&#8217;il va produire des clones de lui-même ! Le service, souvent coproduit entre prestataire et destinataire, développe des &#8220;dispositions à&#8221;, des &#8220;capabilités&#8221;, dont le destinataire pourra (ou non) faire usage lorsqu&#8217;il exercera sa puissance de penser et d&#8217;action face aux événements du monde. Le téléphone mobile, dans ses usages possibles et réels, transforme l&#8217;univers de vie des personnes, offre, incontestablement des nouvelles possibilités de communication, d&#8217;accès à l&#8217;information, de socialisation, appelle le développement de nouvelles dispositions (savoir se servir des actuels téléphones mobile et de leurs ressources n&#8217;est certes pas immédiat et simple). Mais il ne remplace pas l&#8217;agir. Entre les ressources qu&#8217;offre la téléphonie mobile et qui se produit réellement au sein des communications, il y a un saut qu&#8217;il faut éviter d&#8217;oublier.<br />
Par ailleurs, je dis &#8220;transformation positive&#8221;. J&#8217;entends par là, je l&#8217;ai indiqué, ce qui accroît la puissance de pensée et d&#8217;action. Mais il importe de souligner que dans la proposition d&#8217;une offre de service, la question de la positivité reste ouverte, reste une interrogation. Très loin de pouvoir être mesurée par l&#8217;entreprise offreuse par une quelconque performance, mesurée en elle-même (surtout lorsqu&#8217;on la qualifie de &#8220;qualité de service&#8221;!), il convient de voir que la positivité passe par une appréciation subjective réalisée par le destinataire, en dialogue avec l&#8217;entreprise prestataire. Le prestataire ne saurait se substituer au destinataire et décider à sa place de ce qui peut lui être bénéfique. Là encore, un dialogue est nécessaire. Et, on le sait, une appréciation (et l&#8217;évaluation qui la sous-tend) ne peut en aucun cas être enfermée dans une mesure quantitative de performance. Non pas du tout que les performances soient inutiles, mais elles sont des composantes influant sur l&#8217;appréciation du service, relativement aux transformations réelles qu&#8217;il apporte. Elles ne disent rien, en elles-mêmes, de ce qui se joue au cœur du service.</p>
<p><strong>5.2. L&#8217;appréciation du service et la question de la constitution d&#8217;un univers intermédiaire.<br />
</strong>Je propose de dire que le service se définit et s&#8217;apprécie au croisement entre deux univers : l&#8217;univers de vie des destinataires et l&#8217;univers de production de l&#8217;entreprise ou de l&#8217;institution qui le propose.  C&#8217;est en fonction de ce croisement qu&#8217;un dialogue, entre producteurs et destinataires, peut être noué.<br />
Mais pour que ce dialogue puisse être construit et développé, parfois pendant plusieurs années (car la transformation dans l&#8217;univers de vie des destinataires et leurs dispositions de pensée et d&#8217;action s&#8217;étend souvent pendant nombre d&#8217;années, tel que le simple fait d&#8217;utiliser un téléphone mobile), il faut que soit créé un univers intermédiaire, spécialement structuré pour soutenir ce dialogue. Car les deux univers de départ sont hétérogènes et la logique d&#8217;usage d&#8217;un service dans la vie du destinataire n&#8217;est pas la même que celle de sa conception et production au sein d&#8217;une entreprise.</p>
<p>Cet univers intermédiaire n&#8217;est autre que celui de la relation de service, si on considère cette dernière comme précisément l&#8217;espace-temps de croisement et de rencontre entre ces deux univers hétérogènes.<br />
Une partie de la compétence des agents de l&#8217;entreprise offreuse consiste à créer et entretenir en permanence cet univers.</p>
<p>Reprenons le cas de France Télécom.<br />
Les agents de France Télécom étaient prédisposé à porter attention à cet univers intermédiaire, en passant de l&#8217;esprit de service public (qui était foncièrement bureaucratique dans sa conception &#8220;imposée&#8221; et &#8220;homogène&#8221; du service – égalité d&#8217;accès au même service, défini par des instances étatiques, mais qui portait, au niveau des agents de base, des valeurs d&#8217;attention à la situation réelle des bénéficiaires de ce service public) à l&#8217;esprit de service.</p>
<p>Cela était faisable, mais cela n&#8217;a pas été le choix de la direction de France Télécom, qui a confondu entre &#8220;prestation d&#8217;un service&#8221; et &#8220;commercialisation d&#8217;un produit&#8221;.<br />
Pour les agents, le choix de la logique de commercialisation, de l&#8217;augmentation quantitative du CA, des parts de marché, de la rentabilité directe, bref : le choix industrialiste a représenté un choc brutale et généré un véritable traumatisme. Il y a eu, en front office, une véritable bataille terminologique entre le terme de &#8220;vendeurs&#8221; (avancé par la direction) et celui de &#8220;conseillers&#8221; (avancé par les agents).<br />
Formellement, les agents ont obtenu gain de cause : ils sont devenus des &#8220;conseillers clients&#8221;. Mais dans la réalité, dans les années fin 1990 et tout début des années 2000, ces agents ont subi une défaite : c&#8217;est la commercialisation industrialiste qui leur a été imposée. Cette défaite les a considérablement affaiblis, dans leur capacité d&#8217;action collective et dans leur propre vie subjective personnelle, donc dans leur puissance. Cette défaite les a fait basculer dans des affects de tristesse, soit sous forme de ressentiment, soit sous forme de déconsidération de soi.</p>
<p>Mon analyse est que ces personnes ont, au moins en partie, perdu l&#8217;estime de soi, ont eu l&#8217;impression d&#8217;avoir perdu leur âme, en ayant du accepter de pratiquer une activité, un travail, qui était, dans ses finalités, comme dans ses modalité, contraire à leurs convictions et à leur éthique du service.<br />
Un exemple : avoir du accepter de jouer le jeu de la PVV (part variable vendeur), liée principalement au nombre et aux prix des produits vendus dans un temps donné. Un clivage d&#8217;ailleurs s&#8217;est opéré : la majorité des salariés du front office a accepté la PVV, de guerre lasse, en le vivant comme une défaite. Une minorité, souvent non issue du service public, a joué le jeu &#8220;sans état d&#8217;âme&#8221;.</p>
<p>Je pense que pour comprendre en partie les suicides récents à France Télécom, il faut remonter à cette période (période aussi où nombre de techniciens ont été obligé de devenir des commerciaux, détruisant leur identité professionnelle).</p>
<p>Mais encore une fois, j&#8217;y insiste, il ne faut pas voir les choses de manière simpliste et unilatérale.</p>
<p><strong>5.3. Puissance et reconquête de l&#8217;estime de soi.<br />
</strong>Si je reprends le cas des conseillers clients, y compris en centres d&#8217;appel téléphonique, il ne faut jamais oublier qu&#8217;ils construisent et reconstruisent en permanence l&#8217;univers intermédiaire de la relation de service, et ceci quel que soit le poids des prescriptions ou leur marge d&#8217;autonomie. Ce sont ces conseillers, et personne d&#8217;autre, qui assurent le contact direct avec les clients, qui écoutent leurs attentes, reçoivent leur insatisfaction, répondent aux réclamations, tente d&#8217;instaurer un dialogue, une compréhension réciproque. Le &#8220;manteau&#8221; du commercial craque en permanence car il n&#8217;est pas capable d&#8217;assumer la question du service.<br />
Et qui l&#8217;assume ? La puissance d&#8217;action et de prise d&#8217;initiative de ces agents !<br />
L&#8217;esprit de service s&#8217;affirme et se trouve investi dans ce contact, ce dialogue, aussi difficile soit-il lorsque les clients affichent leur mécontentement et que la hiérarchie met la pression. Souvent, clients et agents passent tacitement alliance – sur la durée de la communication par exemple – face à la hiérarchie.<br />
La défaite, bien réelle, que j&#8217;ai mentionnée, n&#8217;a pas été intégrale. On peut même dire que ces personnes ont réussi à reconquérir, à travers l&#8217;esprit de service (et non plus celui de service public), une forme d&#8217;estime de soi.</p>
<p>Dans la toute dernière période, une partie de la direction générale de France Télécom a basculé dans une stratégie d&#8217;offre de service et a commencé à remettre en question la stratégie industrialiste. Il faut encore du temps et des combats pour que ce changement de stratégie imprègne tout le management intermédiaire, après des années d&#8217;incitation à l&#8217;industrialisme, et &#8220;libère&#8221;, en partie et de manière officielle, la puissance des agents de base.</p>
<p>Mais il faut alors être attentif à un nouveau risque : celui de pratiquer une stratégie de service, mais en détruisant l&#8217;univers intermédiaire de la relation de service dont j&#8217;ai parlé.</p>
<p>En effet, dans le basculement dans une stratégie d&#8217;offre de service innovants, complexes à produire (bien que supposés être simples à utiliser…), ce sont les métiers techniques qui remontent au premier plan et les métiers commerciaux dont le statut s&#8217;affaiblit.  Et ceci pour une raison simple : les nouveaux services offerts – à travers la livebox par exemple – sont engendrés directement par les systèmes techniques et ils sont activés par les clients, sans médiation humaine. Quand il téléphone, ou se connecte à internet, ou allume sa télévision, le destinataire du service (et par ailleurs client) actionne les systèmes techniques qui lui fournissent aussitôt le service demandé, non sans avoir vérifié automatiquement quels sont les droits contractuels de ce client.</p>
<p>Avec les nouveaux services offerts, l&#8217;attention au service rendu se reporte, non pas sur les agents du front office, mais sur les chercheurs de la R/D, les ingénieurs et techniciens d&#8217;étude, sur les agents assurant la supervision du réseau et de ces systèmes techniques nouveaux, et, pour partie, sur les techniciens d&#8217;intervention.</p>
<p>Le risque est que les conseillers clients, situés dans les &#8220;métiers commerciaux&#8221;, voient leur statut symbolique s&#8217;affaiblir et qu&#8217;ils deviennent considérés comme une force secondaire.<br />
Il existe un risque pour ces personnes. Mais au-delà, en termes de véritable stratégie de service, France Télécom court le risque global de détruire l&#8217;univers intermédiaire dont j&#8217;ai parlé, donc l&#8217;espace-temps du véritable dialogue.</p>
<p>Il est presque enfantin de croire que c&#8217;est le marketing stratégique (9) qui pourra remplacer cet univers, marketing encore très fortement marqué par des raisonnements industrialistes et qui n&#8217;entretient aucune relation avec les clients réels, qui fonctionnent sur des fictions auto-engendrées.</p>
<p><strong>Conclusion.<br />
</strong>Si je prends l&#8217;expression &#8220;prendre soin du travail&#8221;, on voit qu&#8217;elle consiste à la fois :<br />
à redécouvrir l&#8217;importance du travail, et, bien entendu, d&#8217;un travail de qualité, de le mettre en valeur, de le soutenir, de le reconnaître comme toujours crucial,<br />
mais en même à reconsidérer ce que l&#8217;on entend par &#8220;travail&#8221;, de prendre acte de tout ce qui concourt à faire mourir le travail prescrit est positif (10), et de voir que le travail n&#8217;est pas autre chose que l&#8217;expression pratique de la puissance de pensée et d&#8217;action, de la prise d&#8217;initiative des personnes salariées, non pas de manière solitaire, mais dans la composition solidaire de leurs actions, et ceci dans des situations qui portent l&#8217;activité d&#8217;une entreprise comme étant de plus en plus, une activité de production de service (11).<br />
 Enfin, à construire un espace-temps de confrontation sous forme de dialogue entre producteurs et destinataires du service. Cela va plus loin qu&#8217;une coproduction du service. Il faut avoir le souci de construire et de préserver cet univers propre, univers de médiation, qui est l&#8217;univers de la relation de service (mais non celui de sa production).</p>
<p>Si l&#8217;on devait préserver l&#8217;expression de &#8220;prendre soin du travail&#8221;, c&#8217;est de l&#8217;agir et de ses conditions de réussite qu&#8217;il faudrait prendre soin et des conditions, toujours fragiles, mal reconnues en système capitaliste, d&#8217;anticipation, de préparation, de bilan et, bien entendu, de reconnaissance de cet agir.<br />
Mais j&#8217;ai montré que, de mon point de vue, le souci du prendre soin, qui présuppose une inégalité entre le &#8220;faible&#8221;, le &#8220;vulnérable&#8221; et celui qui en &#8220;prend soin&#8221; avec sollicitude, n&#8217;est pas premier. Il ne désigne que des situations spécifiques et ne peut être monté en généralité. <strong>Ce qui l&#8217;est, c&#8217;est une éthique de la générosité, du dialogue et de la puissance, trois caractères profondément reliés.</strong></p>
<p>&#8212;&#8211;<br />
(1) Pour l&#8217;ensemble de cette intervention, on pourra se référer à : Philippe Zarifian, Le travail et la compétence : entre puissance et contrôle, éditions PUF, mai 2009.</p>
<p>(2) Voir : Maître Dogen, Shôbôgenzô, tome 1, éditions Sully, février 2006.</p>
<p>(3) Par &#8220;positif&#8221;, j&#8217;entends ce qui renforce la puissance et par &#8220;négatif&#8221;, ce qui l&#8217;affaiblit.</p>
<p>(4) Philippe Zarifian, Le travail et la compétence : entre puissance et contrôle, éditions PUF, mai 2009</p>
<p>(5) Yves Clot, Travail et pouvoir d&#8217;agir, éditions PUF, mars 2008.</p>
<p>(6) Sur une théorie du dialogue, on peut renvoyer à l&#8217;œuvre décisive de Mikhaïl Bakhtine</p>
<p>(7) Cette notion de &#8220;faire société&#8221; a été remarquablement développée par le sociologue Georg Simmel. Voir Georg Simmel, Sociologie, éditions PUF, novembre 1999.</p>
<p>(8) Je rejoins ici des chercheurs comme Yves Clot et Philippe Davezies.</p>
<p>(9) S&#8217;il existe une fonction qui devrait être complètement repensée dans les grandes entreprises, c&#8217;est bien la fonction marketing ! Mais il est vrai que les personnes liées à cette fonction ont acquis, auprès des directions générales, une &#8220;autorité&#8221; que ces directions, pour leur plus grand malheur, hésitent à mettre en cause.</p>
<p>(10) Il convient de cesser de confondre entre &#8220;travail prescrit&#8221; et &#8220;travail anticipé et préparé&#8221;. Le travail prescrit indique un rapport de pouvoir. Le travail préparé et anticipé désigne un élément indispensable d&#8217;expression de la puissance de pensée relative à l&#8217;action.</p>
<p>(11) La distinction entre secteur agricole, secteur industriel et secteur des services est clairement devenue désuète. La vraie distinction actuellement, quel que soit le secteur et aussi longtemps bien entendu que l&#8217;on se situe au sein d&#8217;un système capitaliste, est entre approche industrialiste et approche service. </p>
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		<title>Paul Virilio, philosophe : “La vitesse réduit le monde à rien”</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Jul 2010 08:44:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Opinions & Débats]]></category>

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		<description><![CDATA[Interview. Le philosophe Paul Virilio, fasciné par l’accélération du monde, met en garde sur les dangers d’une écologie totalitaire, qu’il nomme «globalitarisme».
Libération, recueilli par Laure Nouhalat


Paul Virilio, 78 ans, urbaniste d’origine, est devenu sociologue et philosophe à force de penser
inlassablement la vitesse. Depuis 1977, date à laquelle il a publié Vitesse et Politique, essai sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Interview. Le philosophe Paul Virilio, fasciné par l’accélération du monde, met en garde sur les dangers d’une écologie totalitaire, qu’il nomme «globalitarisme».<br />
<strong>Libération, recueilli par Laure Nouhalat<br />
</strong><br />
<span id="more-1519"></span><br />
Paul Virilio, 78 ans, urbaniste d’origine, est devenu sociologue et philosophe à force de penser<br />
inlassablement la vitesse. Depuis 1977, date à laquelle il a publié Vitesse et Politique, essai sur la dromologie, il réfléchit à l’accélération du monde et à ses conséquences sur l’homme, l’économie, l’environnement, la géopolitique. Il lie le territoire aux technologies qui permettent de le parcourir et de le contrôler. TGV, pigeon voyageur ou Internet, avion ou minitel, qu’il s’agisse des techniques de communication ou des techniques de déplacement, il définit le territoire comme un espace-temps qui rapetisse.</p>
<p><strong>Dans «l’Administration de la peur» (1), vous soutenez que la peur est un moyen de gouverner.<br />
</strong><br />
Dans nos sociétés - des origines monarchiques à la démocratie -, la peur a toujours fait partie des moyens de gouverner. On le voit aujourd’hui avec les politiques sécuritaires. Le pouvoir de la peur domine le pouvoir de la reconnaissance du bien public. Dans ce livre, une génération parle à travers moi et constate que la peur est entretenue par d’autres moyens, d’abord atomiques, puis terroristes et écologistes. J’évoque trois peurs: l’équilibre de la terreur, le déséquilibre de la terreur et la peur écologique. L’équilibre de la terreur a cessé avec la chute du mur de Berlin, cédant la place au déséquilibre de la terreur. Celui-ci correspond au terrorisme, qui peut survenir à tout instant, partout, à Londres, New York ou Madrid.<br />
Actuellement, nous vivons une nouvelle grande peur: la peur écologique.</p>
<p><strong>Equilibrer nature et homme, une nouvelle façon de gouverner par la peur ?<br />
</strong><br />
Il faut absolument éviter que l’écologie conduise aux mêmes paniques. Après la forme interétatique de la guerre froide, forme plus complexe du terrorisme, la peur écologique me rappelle le Lebensraum, cette notion géopolitique de l’espace vital. Je l’ai bien connue lors de mon service militaire: à l’état-major de la première armée d’occupation française en Allemagne, des photos de pancartes signalaient des «forêts interdites aux juifs». L’espace vital niait la présence d’une frange de la population dans un lieu considéré comme sacré… Aujourd’hui, l’idéologie de l’espace vital peut se superposer à l’idéologie de l’écologie. Mais attention, je ne suis pas contre l’écologie, il est évident qu’il faut préserver notre lieu de vie. Je dis qu’il faut se méfier énormément de l’idéologie de cet espace qui nous manquerait.</p>
<p><strong>Sans aller jusqu’à la qualifier d’idéologie totalitaire, pourquoi l’écologie fait-elle si peur ?<br />
</strong><br />
Nous sommes mortels, tout ce qui menace notre vie fait peur: notre survie en tant qu’espèce devient notre grande terreur. Il ne faut pas avoir peur, mais faire face car la peur fait partie des questions ancestrales. Dans la crise écologique, domaine extrême s’il en est, la tentation est grande de vouloir vaincre plutôt que convaincre. Il faut refuser le globalitarisme écologique imposé par la peur, parce que c’est toujours au nom du bien que l’on terrorise. Les écologistes ont la tentation de gouverner par la peur. Moi qui ai vécu le totalitarisme comme Hannah Arendt, à travers le Lebensraum, je sens que le globalitarisme est désormais possible.</p>
<p><strong>Vous avez toujours travaillé sur la vitesse, quel est le rapport entre vitesse et peur ?<br />
</strong><br />
On ne peut pas comprendre la terreur sans comprendre la vitesse, l’affolement, le fait qu’on soit pris de vitesse, occupés par une information. Pour cela, la phrase d’Hannah Arendt est capitale: «La terreur est l’accomplissement de la loi du mouvement.» C’est ce qui se passe en ce moment à travers l’accélération de l’information, qu’il s’agisse de l’effondrement du World Trade Center, du krach boursier, de la tempête Xynthia ou de la Coupe du monde de football…<br />
Nous vivons une synchronisation de l’émotion, une mondialisation des affects. Au même moment, n’importe où sur la planète, chacun peut ressentir la même terreur, la même inquiétude pour l’avenir ou éprouver la même panique. C’est quand même incroyable! Nous sommes passés de la standardisation des opinions - rendue possible grâce à la liberté de la presse - à la synchronisation des émotions. La communauté d’émotion domine désormais les communautés d’intérêt des classes sociales qui définissaient la gauche et la droite en politique, par exemple. Nos sociétés vivaient sur une communauté d’intérêt, elles vivent désormais un communisme des affects.</p>
<p><strong>Comment l’écologie peut-elle s’accommoder de la vitesse ?<br />
</strong><br />
Pour être complète, l’écologie doit aussi devenir l’écologie du temps. L’écologie verte traite la<br />
pollution des substances, de la faune, de la flore, de l’atmosphère, bref de tous les écosystèmes. L’écologie grise devrait traiter la pollution des distances, des échelles, de la grandeur nature. Les choses existent à travers des proportions: au-delà de 2,5 mètres, nous ne sommes plus homme, mais fantôme ou sycomore si l’on fait 18 mètres de haut. Or, la vitesse des transports et des transmissions instantanées réduit le monde à rien. Nous vivons une époque singulière, notre appréciation des échelles de temps et de distances est bouleversée et la terre est devenue trop petite pour le progrès.<br />
Les sociétés anciennes n’ont pas vécu ce que nous vivons, ce monde réduit à presque rien à travers la vitesse des transmissions, et à pas grand-chose à travers la vitesse supersonique. Il ne s’agit pas de croire à la fin du monde et à l’apocalypse, mais nous sommes devant une singularité absolue. Il faut une vision révélationnaire, et non plus révolutionnaire.</p>
<p><strong>Comment accoucher de cette vision ?<br />
</strong><br />
Je préfère vous convaincre que vous contraindre. Or, la conviction n’est pas la provocation de la<br />
peur, c’est là que l’intelligence philosophique est importante. L’écologie doit réaccorder la<br />
philosophie et la science, pas seulement les sciences de l’environnement mais aussi les sciences humaines, la liberté, le rapport à l’autorité et à la démocratie. Il faut réconcilier science et philosophie. Pour moi, la grande rencontre avortée, c’est lorsque Bergson et Einstein ne se comprennent pas. Einstein parle du vite et du vide de la physique, tandis que Bergson parle du vif, du vivant, de la vitesse du vivant. Si l’écologie veut être une science utile à l’humanité, à la démocratie, à la liberté, elle doit être à la fois ouverte à la techno-science mais aussi à la philoscience.<br />
L’écologie a fait son entrée dans la politique démocratique, mais les théoriciens manquent<br />
sur le terrain de la postmodernité. Il n’y a qu’un constat et le constat ne suffit pas. Il faut une pensée philosophique que nous sommes peu nombreux à développer. Surtout, nous sommes traités de pessimistes, de catastrophistes… et nous ne sommes pas pris au sérieux.</p>
<p><strong>Si on ralentissait, aurions-nous pour autant moins peur ?<br />
</strong><br />
Quand on me parle de décroissance, je ne joue pas le jeu. Nous n’en sommes pas là: comment dire non à ce qui nous apporte un plus? Avant de ralentir, il faut d’abord comprendre de quoi il s’agit. Il faut un travail universitaire nouveau, à l’échelle du monde. Pourquoi ne pas envisager un ministère du temps et du tempo, pourquoi ne pas réfléchir à une pensée politique de la vitesse qui, à l’instar de la musicologie, composerait des rythmes pour former une mélodie?<br />
Il faut des éruptions volcaniques pour nous clouer au sol et renouer avec le temps… Le ralentissement n’est-il pas idéal pour mieux penser ?<br />
Le volcan islandais, à sa façon, a failli mettre la mondialisation en péril car celle-ci est fondée sur trois vitesses. Celle de la lumière qui permet la synchronisation; la vitesse supersonique des avions; celle du TGV ou des ascenseurs, sans lesquels on ne peut concevoir les tours.<br />
Ces trois vitesses combinées permettent la mondialisation. Le volcan a signé l’échec de la vitesse supersonique au nom du principe de précaution, ce qui a déclenché l’invention d’un nouveau type de réfugiés: les réfugiés touristiques. C’est un événement considérable dans l’histoire de la civilisation. Les touristes utilisent essentiellement l’avion, or, le tourisme est une puissance colossale de financement et de mélange de populations. Avec le volcan, la mondialisation a été attaquée dans l’une de ses trois vitesses.</p>
<p><strong>La vitesse, sujet inépuisable de vos réflexions…<br />
</strong><br />
Je suis un escort-boy des évidences, j’accompagne une évidence qui ne passe pas! C’est plus<br />
qu’énervant, mais au point où j’en suis, je continue.</p>
<p><strong>(1) Editions Textuel.</strong></p>
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		<title>Marie-Noëlle Lienemann : “4 Bonnes raisons pour voter contre ces primaires, qui ne sont pas un atout pour la victoire”</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Jun 2010 14:35:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Opinions & Débats]]></category>

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		<description><![CDATA[1- Ce projet n’est pas conforme au message prioritairement émis par les militants
socialistes lors du vote du 1er octobre 2009.
Deux options avaient alors été soumises au vote et les militants avaient clairement préféré celle qui faisait le choix de « primaires dans le cadre d’un rassemblement des forces de gauche autour d’une plateformecommune».
Cen’est absolument pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>1- Ce projet n’est pas conforme au message prioritairement émis par les militants<br />
socialistes lors du vote du 1er octobre 2009.</strong><br />
Deux options avaient alors été soumises au vote et les militants avaient clairement préféré celle qui faisait le choix de « primaires dans le cadre d’un rassemblement des forces de gauche autour d’une plateformecommune».<span id="more-1517"></span><br />
Cen’est absolument pas ce qui nous est maintenant présenté avec l’organisation de primaires pour désigner le seul candidat PS et non pour départager des candidats issus de différentes familles de la gauche et del’écologie.<br />
Il ne s’agit plus de créer une mobilisation citoyenne pour réussir l’union mais de mettre en place une machine qui dévitalisera le parti, dont les adhérents seront dépossédés du choix de celle ou celui qui les représentera dans le combat politique majeur.</p>
<p><strong>2- Ce projet renforce l’acceptation de la présidentialisation de la Vème République.<br />
</strong><br />
La composition du « corps électoral » des primaires, ouvert à tous ceux qui veulent soutenir le<br />
candidat socialiste,est supposée conférer à celui-ci unelégitimité supérieure à celle qu’il aurait par le vote des seuls militants. Mais il se trouve que le programme et le projet seront, eux, arrêtés par une «convention extraordinaire»duPS,donc par les seuls militants socialistes.<br />
Il est donc clair que le programme et le projet ne s’imposeront pas au candidat retenu…..qui pourra faire valoir que ses positions auront été validées par un nombre bien plus conséquent de Français que les thèses du PS ! On bascule ainsi dans une présidentialisation de notre vie interne et même de la vie politique au sein de la gauche.<br />
A l’opposé de cette démarche, qui se limite au choix du candidat à la présidentielle, un large débat avec les militants associatifs et syndicaux sur les choix programmatiques permettrait de mieux prendre en compte leurs attentes et leurs idées et contribuerait à redonner force au débat politique.<br />
Il n’est pas inutile de rappeler que nos valeurs privilégient la délibération collective sur le fond par rapport au casting destiné à choisir celui ou celle à qui on confierait les arbitrages essentiels.<br />
Si nous sommes naturellement obligés de « faire avec » les institutions actuelles, il ne faut pas en devenir prisonnier, d’autant que nous disons vouloir les transformer en profondeur et redonner un pouvoir effectif au Parlement.</p>
<p><strong>3- Ce projet conduit à l’effacement des partis et à une dépolitisation accélérée<br />
</strong><br />
Pas de vue et des revendications diverses, permettant à chacun d’adhérer à la vision d’ensemble. La politique a justement pour fonction Il est prévu que le candidat pourra s’exonérer sur tel ou tel point du projet voté, en présentant ses propres options. Or, un programme est nécessairement un équilibre, un compromis entre différents point d’assurer cette cohérence et ce rassemblement.<br />
Permettre au candidat, s’appuyant sur le vote de personnes n’ayant pas participé aux débats<br />
programmatiques, de changer des éléments majeurs de cet équilibre revient à remettre en cause la ligne du PS, son unité et sa capacité à gagner.<br />
Cette logique risque de porter un coup fatal aux partis et à leur rôle essentiel d’élaboration<br />
collective et d’éducation populaire, politique et civique. La formation politique n’est pas un luxe superflu. Elle prépare les adhérents des partis à inscrire leur pensée et leurs analyses dans une réflexion historique, dans une vision globale et collective, construite autour de valeurs.<br />
Il est frappant de constater que les pays ou des primaires sont organisées sont aussi ceux où les débats idéologiques sont faibles, les clivages gauche /droite estompés, au point d’ailleurs qu’aux Etats- Unis et en Italie (cités comme modèles), il n’y a pas ou plus de parti socialiste ! Est-ce que nous voulons ? Est-ce que cela permettrait la victoire de la gauche en 2012? Certainement pas. La gauche ne gagnera que rassemblée et sur la base d’une alternative politique claire.</p>
<p><strong>4- Une élection qui risque d’être sous influence<br />
</strong><br />
Il n’est pas certain que le candidat sorte de cette procédure aussi renforcé qu’on l’annonce.<br />
En effet, bien des dérives et des manipulations sont possibles, à partir du moment où les seules contraintes pour voter sont le paiement d’une somme symbolique d’un euro et la signature d’une vague «déclaration de principe( via un émargement) s&#8217;engageant à soutenir les valeurs de la gauche».<br />
Ce risque est réel, dans la mesure où ce type de désignation est très sensible à l’opinion dominante, aux modes éphémères, à l’air du temps, aux commentaires des médias, sans même parler du poids des sondages… habilement commandés et publiés.<br />
Ceux qui ont les yeux rivés sur le sondages feraient bien de regarder de près certaines analyses comme celle publiée par le parisien du 4 juin 2010 ( sondage CSA).Ce sondage est clair: 71% des sympathisants socialistes participeraient à ces primaires, ainsi que 20 à 25% des électeurs de droite et même 30% des électeurs d’extrême droite !!<br />
Il est facile de montrer qu’un candidat pourrait ainsi être élu contre la volonté de l’électorat de<br />
gauche. On imagine ce que serait alors les graves conséquences politiques qu’entraînerait un tel cas de figure.</p>
<p><strong>5 Pour conclure,ces primaires ne sont pas un atout pour l’emporter en 2012, mais<br />
plutôt un risque.</strong><br />
La comparaison avec l’élection d’Obama est sommaire. C’est le programme, le « Changer »<br />
d’Obama qui a fait sa victoire et non les primaires. D’ailleurs, Mac Cain a lui aussi été désigné par desprimaires!<br />
C’est la capacité des deux principaux rivaux démocrates (Hilary Clinton et Barack Obama) à se<br />
rassembler qui a été déterminante et a permis une campagne de terrain.<br />
La clef du succès, c’est donc bien la stratégie de rassemblement et le contenu du projet, de la<br />
plate forme législative et gouvernementale.<br />
A supposer qu’il ne soit pas possible d’avancer vers une candidature de large rassemblement de la gauche et des écologistes, il faut pour le moins oeuvrer à la réalisation d’un manifeste, d’une plateforme législative commune, avant la désignation de tout candidat à la présidentielle. Le calendrier retenu jette l’éponge un peu vite et ne présente la participation éventuelle d’autres forces à ces primaires que comme un ralliement à la procédure décidée unilatéralement par le PS, ce qui n’a guère de chance de convaincre nos partenaires.<br />
Tout devrait donc être fait d’ici l’été 2011 pour assurer l’établissement d’une plateforme législative avec nos partenaires de gauche et écologistes, évaluer avec eux s’ils souhaitent différentes candidatures à la présidentielle ou s’il est possible de se mettre d’accord sur une candidature de large rassemblement.<br />
Dans ce cas seulement, des primaires peuvent avoir un sens. Ce n’est malheureusement pas cette voie qui est proposée au vote des militants socialistes.<br />
En effet, s’il s’agit de choisir le seul candidat du PS, le mode de désignation le plus efficace est<br />
celui qui permet le rassemblement des socialistes et donc qui limite les tensions autres que la<br />
légitime compétition autour des atouts des uns et des autres. Il n’est pas utile de tenter de séduire le plus grand nombre de sympathisants occasionnels à1euro.<br />
Si un candidat s’impose de fait, les primaires strictement socialistes tourneront au plébiscite ; elles ne serviront à rien et mobiliseront peu. Si, par contre, le jeu est ouvert entre les candidats et le résultat serré, il sera difficile de recoller les morceaux au sein de l’électorat socialiste comme de réussir lerassemblement de toute la gauche.<br />
L’organisation de primaires strictement socialistes peut accroître les tensions internes (conflits de légitimité, critique du corps électoral et de sa représentativité, sincérité du scrutin, litiges…&#8230;) et compliquer les relations avec nos partenaires, qui risquent de ressentir comme du débauchage l’appel à tous les citoyens « de gauche » à participer à « nos » primaires !<br />
Et dans tous les cas, elle accélèrera l’effacement des partis dans notre vie politique. De Gaulle, en instituant la Vème République, voulait faire disparaitre les partis. Ne lui donnons pas raison.<br />
<strong>Rédigé par Marie-Noëlle Lienemann le 23 juin</strong></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Philippe Zarifian, Professeur des universités en sociologie : “La souffrance au travail : arrêtons les dégâts”</title>
		<link>http://www.mrc77.org/?p=1515</link>
		<comments>http://www.mrc77.org/?p=1515#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 28 Jun 2010 15:37:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Opinions & Débats]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.mrc77.org/?p=1515</guid>
		<description><![CDATA[19.06.10 
Plus on parle de la souffrance au travail et dans les termes psychologisant où on l&#8217;évoque, plus on crée les conditions pour qu&#8217;elle s&#8217;aggrave. Des salariés supposés souffrants auxquels on croit pouvoir expliquer leur souffrance et se pencher sur leur mal-être ne fait que s&#8217;enfoncer en elle.
Il faut dire les choses telles qu&#8217;elles sont : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>19.06.10 </p>
<p>Plus on parle de la souffrance au travail et dans les termes psychologisant où on l&#8217;évoque, plus on crée les conditions pour qu&#8217;elle s&#8217;aggrave. Des salariés supposés souffrants auxquels on croit pouvoir expliquer leur souffrance et se pencher sur leur mal-être ne fait que s&#8217;enfoncer en elle.<br />
Il faut dire les choses telles qu&#8217;elles sont : ce ne sont pas, au départ, les salariés qui sont souffrants et qu&#8217;il faudrait soigner. C&#8217;est le travail lui-même, ses conditions d&#8217;exercice et de reconnaissance. Et c&#8217;est, malgré les déclarations des dirigeants, l&#8217;absence d&#8217;une politique de la compétence.<br />
<span id="more-1515"></span><br />
Le travail est malade :<br />
— De sa mise en disparition, de son invisibilité, de la profonde méconnaissance que la hiérarchie en a. Au-delà du chef d&#8217;équipe, plus personne, au sein du management, ne sait dire quoi que ce soit sur le travail demandé et réalisé. Tout est réduit à des « objectifs » et « résultats de performance ». Entre objectif et résultats, c&#8217;est le néant. Quant aux performances, elles ne sont jamais discutées, elles s&#8217;imposent et on ne peut que très rarement leur donner sens, c&#8217;est-à-dire les rapporter à une stratégie. On oublie une vérité toute simple : la performance relève de la tactique de court terme. Elle n&#8217;a aucune signification si elle n&#8217;est pas replacée dans une véritable stratégie. Il faut mettre fin à l&#8217;hypertrophie de la référence à la performance.<br />
— Des pressions, visibles et invisibles, qui s&#8217;exercent sur lui : pression du débit, pression du délai, pression des standards irréels à respecter, voire pression des clients sans qu&#8217;aucune médiation ne soit créée lorsque nécessaire. Et pression d&#8217;un management qui est lui-même mis sous pression… Accuser une soi-disant perversité du management direct, c&#8217;est se tromper de cible et accroître le champ des difficultés.<br />
— De son étroitesse : un travail trop restreint, trop resserré, trop réifié pour que le sujet travaillant puisse donner la pleine mesure de ses capacités, de son potentiel d&#8217;initiative et d&#8217;invention, explorer les multiples possibles, faire face aux événements imprévisibles. Un travail sans vie. Un travail mort.<br />
— De son caractère unilatéral : dans son travail, une personne salariée n&#8217;investit pas la même valeur que les dirigeants de l&#8217;entreprise. Ces différences des valeurs, il faut les reconnaître au lieu de les nier et de croire que tout le monde doit penser de la même façon. C&#8217;est en reconnaissant ces différences, voire ces conflits de valeur qu&#8217;on peut construire des accords et des compromis durables.<br />
— De son temps. Un temps que l&#8217;on cherche sans cesse à réduire. Qui plus est : un temps purement enfermé dans sa mesure quantitative opératoire, sans qualité, en oubliant deux autres dimensions fondamentales du temps :<br />
 Le temps du devenir, le temps du travail dans la mesure où il transforme de la matière ou une situation, rend un service, le temps qui s&#8217;évalue entre l&#8217;avant et l&#8217;après, le temps qui indique ce que le salarié a fait et apporté de nouveau. Un temps qualifié.<br />
Le temps de la nécessaire réflexion, préparation et du bilan critique collectif pour que le travail et ses conditions s&#8217;améliorent. Le temps qui ne cesse de manquer, qui se réduit sans cesse, limité aux « actes ».<br />
La politique de la compétence est très souvent absente. Plus on parle de compétences, moins on en a le souci. On croit pouvoir « prescrire des compétences » et des « comportements », comme on prescrivait des tâches sous le taylorisme.<br />
On voit des services RH se transformer en nouveau bureau des méthodes !<br />
À force de parler de compétences et d&#8217;y faire sans cesse référence sans expliquer de quoi l&#8217;on parle, on oublie :<br />
— Que la compétence est avant toute prise d&#8217;initiative et de responsabilité face à des situations professionnelles évolutives et que pour prendre de soi-même de bonnes initiatives, il faut en avoir le droit, la reconnaissance, le soutien et une évaluation librement discutée.           La compétence est avant tout vivante. Elle relève d&#8217;une dynamique sociale et individuelle. Ce n&#8217;est pas d&#8217;autonomie dont les salariés manquent, autonomie souvent trompeuse si elle signifie manque de soutien, invisibilité des efforts et des difficultés et enfoncement progressif dans l&#8217;incompétence. C&#8217;est de pouvoir d&#8217;initiative, le pouvoir de commencer quelque chose de nouveau dans un univers incertain et évolutif, avec l&#8217;appui de l&#8217;organisation.<br />
— Que la compétence se situe toujours, pour être large et riche, dans un milieu professionnel ou un réseau, au sein desquels elle se développe, avec l&#8217;appui des pairs, de ceux qui partagent les mêmes expériences et peuvent en parler avec pertinence. Le travail isolé est la pire de choses.<br />
— Qu&#8217;on ne peut pas déplacer les personnes comme des pions, les faire changer d&#8217;affectation et de métiers sans acceptation de leur part et sans préparation ! Un technicien qu&#8217;on affecte brusquement à une fonction commerciale, non seulement se sentira peu préparé et compétent, mais peut se retrouver face à un métier qu&#8217;il n&#8217;aime pas, qui ne lui convient pas, qui détruit son ancienne identité professionnelle.<br />
— Qu&#8217;enfin il n&#8217;y a rien de pire que de se retrouver dans un placard, sans travail, ou avec un travail tellement peu intéressant et qualifié qu&#8217;il apparaît, à juste titre, comme un mouroir !<br />
Si l&#8217;on veut réellement prévenir la souffrance au travail, il faut être clair et net : il faut que le gouvernement et les entreprises s&#8217;engagent sur une vraie politique du travail et de la compétence.<br />
Une politique du travail : remettre le travail au centre. Les résultats, les performances, la stratégie ne sont rien sans un travail de qualité et les conditions les meilleurs possibles pour son exercice. Il faut revenir aux fondamentaux. Et le travail n&#8217;est pas autre chose que l&#8217;intervention et l&#8217;engagement de sujets humains face à des situations professionnelles qu&#8217;ils prennent en charge, intervention et engagement qui doivent être pleinement reconnus, considérés comme centraux dans l&#8217;entreprise et son organisation.<br />
Une politique de la compétence : avant d&#8217;écrire des référentiels, de concevoir dans l&#8217;abstrait des formations et de développer toute une nouvelle bureaucratie, il faut revenir au vivant. Il faut laisser à la prise d&#8217;initiative et de responsabilité humaine, individuelle et collective, l&#8217;espace et le temps pour qu&#8217;elles s&#8217;expriment. C&#8217;est en relation avec cette politique de la compétence et face aux situations réelles que les compétences au pluriel, les savoirs d&#8217;action apparaîtront comme nécessaires et à développer, qu&#8217;une véritable politique de formation pourra être pensée.<br />
J&#8217;ai eu dans mes ouvrages, en particulier dans le dernier, « Le travail et la compétence : entre puissance et contrôle », largement l&#8217;occasion de développer ces points.<br />
Sans une telle politique, tout n&#8217;est que leurres et rustines.</p>
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		<title>MRC Seine &amp; Marne : “Manifestons pour la sauvegarde des retraites”</title>
		<link>http://www.mrc77.org/?p=1505</link>
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		<pubDate>Mon, 21 Jun 2010 15:08:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous vous invitons vivement à participer à la manifestation du 24 juin prochain, en distribuant le tract du MRC Paris sur le point de présence fixé
A l&#8217;angle du Bd Beaumarchais et de la rue du Chemin Vert (métro Chemin Vert, ou métro Bastille à proximité) entre 13h45 et 16h.
Venez nombreux, avec des autocollants, drapeaux, affiches, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2009/03/logo-mrc.jpg"><img src="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2009/03/logo-mrc.jpg" alt="logo-mrc" title="logo-mrc" width="150" height="150" class="alignleft size-full wp-image-326" /></a>Nous vous invitons vivement à participer à la manifestation du 24 juin prochain, en distribuant le tract du MRC Paris sur le point de présence fixé</p>
<p>A l&#8217;angle du Bd Beaumarchais et de la rue du Chemin Vert (métro Chemin Vert, ou métro Bastille à proximité) entre 13h45 et 16h.<br />
Venez nombreux, avec des autocollants, drapeaux, affiches, etc. </p>
<p>Le tract (cf document pdf ci-après) réalisé par la Fédération de Paris y sera distribué.<br />
<span id="more-1505"></span><br />
Cliquez sur le nomde fichier ci-dessous ouvrira le tract au format PDF.<br />
<a href='http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/06/manif-retraite.pdf'>manif-retraite</a></p>
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		<title>Signez l&#8217;appel : “Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites”</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jun 2010 12:57:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

		<category><![CDATA[France]]></category>

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		<description><![CDATA[La pétition est disponible ici.
Le gouvernement français s’apprête à engager une nouvelle réforme qui risque de porter un coup fatal au système de retraite par répartition en jurant une fois de plus que c’est pour le sauver. Le bilan des réformes menées depuis 1993 est déjà catastrophique car toutes les dispositions prises (calcul sur les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/04/retraites.jpg"><img src="http://www.mrc77.org/wp-content/uploads/2010/04/retraites.jpg" alt="retraites" title="retraites" width="150" height="150" class="alignleft size-full wp-image-1392" /></a><strong>La pétition est <a href="http://petition.exigences-citoyennes-retraites.net/">disponible ici</a>.</strong></p>
<p>Le gouvernement français s’apprête à engager une nouvelle réforme qui risque de porter un coup fatal au système de retraite par répartition en jurant une fois de plus que c’est pour le sauver. Le bilan des réformes menées depuis 1993 est déjà catastrophique car toutes les dispositions prises (calcul sur les 25 meilleures années, indexation sur les prix et non plus sur les salaires des actifs, allongement de la durée de cotisation sous peine de décote&#8230;) ont déjà fait baisser le niveau des pensions d’environ 20 %. Elles ont aggravé les inégalités déjà fortes entre les pensions des hommes et des femmes. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit que le taux de remplacement moyen - niveau de la retraite par rapport au salaire, passerait de 72 % en 2007 à 59 % en 2050. Cette dégradation continuera donc de frapper les actuels retraités et touchera également les générations suivantes.<br />
<span id="more-1388"></span><br />
Malgré ce bilan désastreux, le gouvernement veut aller encore plus loin en supprimant l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans en le portant à 62, voire 65 ou 67 ans, comme le demande le Medef, et en remettant en cause le calcul sur les six derniers mois d’activité des retraites du secteur public. Jumelées avec un nouvel allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein, ces mesures condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités, surtout les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaîtront des périodes de chômage et de précarité importantes. Ce sont les salarié-es les plus jeunes qui subiraient les effets cumulés de ces orientations au moment de partir à la retraite.</p>
<p>Le gouvernement et le patronat persistent à vouloir durcir les conditions de départ en retraite alors même que les entreprises continuent de se débarrasser des salariés âgés avant qu’ils aient acquis la totalité de leurs droits. Exiger que les salariés travaillent et cotisent plus longtemps, alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 59 ans, ne vise qu’à baisser le niveau des pensions. De plus, cette logique remet en cause la solidarité intergénérationnelle. Il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite alors que le chômage de masse sévit pour les jeunes. Au lieu de voir dans la retraite par répartition une transmission perpétuelle et solidaire de la prise en charge d’une génération par la suivante, le gouvernement et le patronat, afin d’attiser la division, la stigmatisent comme un fardeau pour la seule génération à venir.</p>
<p>Le danger ne s’arrête pas là. Le COR dessine les contours d’une réforme pour remplacer notre système par un autre « par points » ou « par comptes notionnels ». Dans les deux cas, il s’agirait de ne plus avoir à assurer un taux de remplacement du salaire défini à l’avance et de faire de la variation du niveau des pensions le moyen d’équilibre financier des régimes. Cela aggraverait encore la baisse du niveau des pensions et contraindrait les salariés, particulièrement les salarié-es pauvres et effectuant les travaux pénibles, à travailler toujours plus longtemps.</p>
<p>La vraie raison des mesures qui s’annoncent n’est pas liée à la démographie. La crise financière a provoqué une récession et donc une flambée des déficits publics. Les États continuent benoîtement à financer leurs déficits en empruntant sur ces mêmes marchés financiers qui ont provoqué la crise. Réduire ces déficits pourrait se faire par une taxation du capital. Mais les spéculateurs refusent évidemment cette solution, demandent que les États donnent des gages et exigent une réduction des dépenses publiques.</p>
<p>Une alternative à cette régression sociale existe pourtant. A moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité.</p>
<p>La question des retraites pose celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous ne pouvons accepter la paupérisation programmée des futurs retraité-es, l’idéologie absurde du « travailler toujours plus » et la destruction des solidarités sociales. Nous souhaitons contribuer à une vaste mobilisation citoyenne (réunions publiques, appels locaux…) pour stopper cet engrenage.</p>
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		<title>Jérôme Leroy : “Pour la Belgique”</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Jun 2010 10:58:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Opinions & Débats]]></category>

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		<description><![CDATA[La Belgique, c’est beaucoup plus que la Belgique.
Jérôme Leroy est écrivain. (Publié sur Causeur.fr)
J’aime la Belgique. Profondément, définitivement, absolument. La Belgique n’est pas seulement un pays : c’est un état d’esprit, un art de vivre, une donnée spirituelle de l’histoire. Les plages de Coxyde, l’été, quand on se baigne un peu trop loin et que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La Belgique, c’est beaucoup plus que la Belgique.<br />
Jérôme Leroy est écrivain. (Publié sur Causeur.fr)</strong></p>
<p>J’aime la Belgique. Profondément, définitivement, absolument. La Belgique n’est pas seulement un pays : c’est un état d’esprit, un art de vivre, une donnée spirituelle de l’histoire. Les plages de Coxyde, l’été, quand on se baigne un peu trop loin et que résonne la trompe étrangement archaïque de la jolie surveillante en combinaison rouge ou bien les cafés de la république libre d’Outremeuse à Liège lorsque le péquet met de jolies couleurs à la nuit sont autant d’utopies concrètes, de possibilité d’exister encore joyeusement dans un monde chaque jour plus désenchanté.<br />
<span id="more-1502"></span><br />
C’est que la Belgique, malgré sa superficie réduite, est une province de l’infini. Elle a inventé le surréalisme, le fantastique, l’art nouveau. Elle nous a donné deux géants du vingtième siècle qui sont devenus des figures universelles : Tintin et Maigret, le reporter et le commissaire. Sans la Belgique, d’ailleurs, la littérature française ne serait pas grand-chose. Le nombre d’écrivains français qui sont belges dépasse l’entendement. Et seraient-ils aussi bons s’ils n’étaient pas belges ? L’étrangeté de Michaux en poésie ou de Magritte en peinture serait elle aussi profonde si ces deux artistes n’étaient pas nés dans ce pays au cœur double depuis sa naissance en 1830 ?</p>
<p>Pourtant son imaginaire et sa façon d’être au monde transcendent le clivage linguistique. Les vents mauvais ont beau souffler, il y a une identité belge qui est tenace malgré les ambitions de quelques carriéristes démagogues tisonnant les égoïsmes économiques à courte vue.</p>
<p>Je reviens à peine de Bruxelles où je me trouvais à l’assemblée générale des amis de Georges Simenon. C’est un aimable cénacle de doux maniaques, collectionneurs et érudits, où je compte quelques admirables amis. Il y a là, pour la partie belge, des Flamands, des Wallons et des Bruxellois. Le sentiment dominant, quand la question est venue sur le tapis au moment du buffet, c’est qu’il n’y avait aucune raison de se séparer. Etais-je tombé sur un repaire de belgicains, comme on appelle là-bas ceux qui manifestent leur attachement viscéral au pays ?<br />
Je ne crois pas : le matin même, j’étais sur Tervuren où se tenait une gigantesque brocante, un des sports préférés des Belges. Tervuren est une avenue qui part du parc du Cinquantenaire et continue sur une dizaine de kilomètres en longeant le parc de Woluwe (prononcez volué). Une de ces avenues typiquement européenne, finalement, à la fois majestueuse et humaine.</p>
<p>Aux fenêtres des immeubles Horta, gracieux comme des fleurs, il n’était pas rare de voir un drapeau belge. Sur les vitres des voitures garées ou dans les vitrines des commerces et des cafés (côté soleil), des autocollants avec ce même drapeau barré d’un très clair : « Touche pas à mon pays ! ». Et la veille au soir, derrière ma Westmalle Triple, à la Fleur en papier doré, le café que fréquenta le groupe des surréalistes belges et notamment les trop méconnus Marcel Marien et Louis Scutenaire, l’impression était plutôt, dans la clientèle flamande comme dans la clientèle francophone que le psychodrame en question était surtout celui d’appareils politiques jouant avec le feu et que tout cela n’avait pas grand chose à voir avec un désir majoritaire dans la population.</p>
<p>Ce ne serait pas la première fois, n’est-ce pas, qu’il y aurait une rupture entre un pays légal et un pays réel, comme disait l’autre. En fait, l’état d’esprit semblait tout à fait semblable à celui de la Marche Blanche qui vit défiler tout un pays uni comme jamais pour protester contre les dysfonctionnements du système après l’affaire Dutroux.</p>
<p>Si décidément, après les élections régionales du 13 juin, la Belgique devait disparaître, cela serait une confirmation : le marché n’aime pas les nations. Il leur préfère des régions, ce qui n’est pas du tout la même chose. L’indépendance ou la sécession de la Flandres aurait à peu près autant de sens, d’un point de vue identitaire, que celle de Rhône-Alpes. A la limite, la Bavière catholique aurait plus de légitimité à prétendre au statut de nation dans une Allemagne protestante. On oublie, en effet, deux puissants facteurs belges d’unité  : le catholicisme et la monarchie. Les Flamands et les francophones n’ont peut-être pas la même langue, mais ils ont le même rapport à Dieu. Même dans des sociétés déchristianisées, cela induit une façon de vivre qui fait que les Flamands, ne sont pas comme on le croit trop souvent, une simple excroissance batave. Quant à la monarchie, son grand avantage est d’incarner une nation tout entière dans un homme dépositaire d’une légitimité historique. Un roi sur un trône, ça vous empêche le démagogue ou le fasciste de monter plus haut que le poste de premier ministre. C’est toujours ça de gagné.</p>
<p>La poussée micro nationaliste en Flandres n’est plus la revendication culturelle plutôt légitime au départ. On pourra lire Le Chagrin des Belges du grand Hugo Claus sur la question.</p>
<p>Il y eut effectivement une époque où la langue flamande était considérée comme un patois de paysans qui partaient faire les jaunes dans les filatures en grève de Roubaix et qui se faisaient tuer en 14 sous le commandement d’officiers leur donnant des ordres dans un français qu’ils ne comprenaient pas. Cela n’a pas empêché néanmoins tout ce petit monde de se battre admirablement du côté du saillant d’Ypres sous le commandement du roi chevalier Albert Ier et de tenir 4 ans derrière l’Yser. Même la bourgeoisie flamande parlait exclusivement français et un de nos plus charmants écrivains, Félicien Marceau, académicien de surcroît, est originaire de Kortenberg dans le Brabant flamand.</p>
<p>Mais tout cela est du passé. La frontière linguistique qui sépare nord et sud, Flandres et Wallonie et qui date des années 60 a redonné toute sa fierté à une communauté et même un peu plus. On est vite d’ailleurs parfois passé un peu de la fierté à l’arrogance du côté de Louvain ou des Fourons.</p>
<p>Aujourd’hui, il ne s’agit plus de cela : l’extrême droite et autres autonomistes, y compris certains au VLD, le principal parti de gouvernement côté flamand, surfent surtout avec un égoïsme économique à courte vue. Ils propagent un cliché qu’ils pensent rentable électoralement : un Flamand riche, grand, blond, jeune et spécialisé dans les technologies de pointes paierait pour un Wallon petit, socialiste, latin, assisté et englué dans une interminable récession post industrielle. C’est Anvers, Gand et Bruges les banquières contre les chevalets abandonnés des mines du Borinage, oubliant au passage qu’il s’agit de la même communauté de destins et que les pauvres d’aujourd’hui furent ceux qui créèrent hier les conditions de la richesse présente.</p>
<p>Il est un peu triste de voir en France certains se réjouir à l’idée de récupérer deux ou trois départements dans un éventuel divorce entre Flamands et Wallons. C’est pour le coup que l’Europe, qui n’est déjà pas grand chose, ne serait plus rien. Plus rien qu’une entité sans identité, un non-lieu voué à la circulation sans fin des biens et des personnes.</p>
<p>Ce genre de monde, comme les histoires d’amour, finit mal en général. Dans Vues sur l’Europe, en 1939, André Suarès écrivait un éloge prophétique des petites nations : « Je dirai la grandeur des petites nations. Elles seules sont à l’échelle de l’homme. Les gros empires ne sont qu’à l’échelle de l’espèce. Les petites nations ont créé la cité, la morale et l’individu. Les gros empires n’en ont même pas conçu la loi nécessaire ni la dignité. Aux empires, la quantités ; la qualité aux petites nations. »</p>
<p>Aujourd’hui, si la Belgique meurt, c’est l’Empire qui gagne et nous tous, ici même, qui perdrons. Qui perdrons beaucoup plus qu’un voisin folklorique.</p>
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		<title>Michel Aglietta : “La monnaie est aussi un bien public, générateur de lien social et politique&#8221;</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jun 2010 10:16:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Comprendre la Crise]]></category>

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		<description><![CDATA[Michel Aglietta, professeur d&#8217;économie à Paris X-Nanterre
Comment est née la &#8220;théorie des zones monétaires optimales&#8221; ?
Michel Aglietta: Dans les années 1960, des économistes ont essayé de déterminer les critères économiques qui permettent de délimiter un espace géographique dans lequel l&#8217;utilisation d&#8217;une même monnaie est pertinente. Poser cette question revient à se demander par quoi un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Michel Aglietta, professeur d&#8217;économie à Paris X-Nanterre</p>
<p>Comment est née la &#8220;théorie des zones monétaires optimales&#8221; ?</strong><br />
Michel Aglietta: Dans les années 1960, des économistes ont essayé de déterminer les critères économiques qui permettent de délimiter un espace géographique dans lequel l&#8217;utilisation d&#8217;une même monnaie est pertinente. Poser cette question revient à se demander par quoi un pays peut remplacer l&#8217;instrument d&#8217;ajustement aux chocs extérieurs qu&#8217;est le taux de change. Les économistes néoclassiques affirmaient que cet ajustement se réalise automatiquement par les prix et les salaires. Mais la réalité, où les prix et les salaires sont rigides, n&#8217;est pas si simple.<br />
Au début des années 1960, Robert Mundell (New York University), Ronald McKinnon (Stanford) et Peter Kenen (Princeton) ont défini trois critères déterminant une zone monétaire optimale : la mobilité du travail - qui permet, comme aux Etats-Unis, de rétablir l&#8217;équilibre entre régions déficitaires et excédentaires ; l&#8217;ouverture aux marchés internationaux - plus elle est élevée, plus on a intérêt à atténuer les chocs extérieurs par un taux de change fixe ; la diversification qui permet également d&#8217;atténuer ces chocs.<br />
Mais cette théorie correspond à une vision &#8220;naturaliste&#8221; de la monnaie, comme si celle-ci n&#8217;était que le support des échanges privés. Or, comme l&#8217;a montré Charles Goodhart (London School of Economics), l&#8217;extension géographique d&#8217;une monnaie correspond le plus souvent, historiquement, aux limites d&#8217;un Etat. Celles-ci ne correspondent que rarement à une zone monétaire optimale telle que définie par la théorie. Car la monnaie, au-delà de sa fonction économique, est aussi un bien public, générateur de lien social et politique. Lorsque les agents économiques rejettent une monnaie, cela ne débouche pas sur le &#8220;libre fonctionnement des marchés&#8221;, mais sur un chaos social terrible, qui exige la reconstruction d&#8217;une nouvelle monnaie légitime.<br />
La conception &#8220;institutionnaliste&#8221; de la monnaie s&#8217;attache donc plutôt à définir les institutions nécessaires à l&#8217;établissement de l&#8217;acceptabilité d&#8217;une monnaie, de la confiance des agents économiques et de la coopération entre les Etats participants. La confiance dans une monnaie n&#8217;est pas un contrat, ménageant un équilibre avantage/coût entre des parties, c&#8217;est un rapport social collectif qui signifie la reconnaissance d&#8217;une souveraineté.<br />
Selon l&#8217;approche dite &#8220;réaliste&#8221; de cette conception, ces conditions sont d&#8217;autant mieux réunies qu&#8217;un Etat est doté d&#8217;une puissance hégémonique - comme ce fut le cas de l&#8217;Allemagne dans la zone euro.</p>
<p><strong>La zone euro est-elle &#8220;optimale&#8221; ?<br />
</strong>Non, et ses fondateurs en avaient conscience. Les critères choisis n&#8217;étaient pas des critères économiques, mais des critères de politique économique publique (déficits, inflation, taux d&#8217;intérêt) : il s&#8217;agissait en fait d&#8217;inciter les Etats à transformer la réalité économique pour la rapprocher du fonctionnement effectif d&#8217;une &#8220;zone monétaire optimale&#8221;.<br />
Mais aucune institution n&#8217;a été construite pour rendre l&#8217;euro acceptable par tous les agents économiques et garantir la poursuite de la coopération entre les Etats en cas de crise. Celle-ci n&#8217;a tout simplement pas été envisagée ! Et lorsqu&#8217;elle est survenue, l&#8217;insuffisance de la structure institutionnelle a laissé les intérêts divergents des Etats jouer à plein. Maintenant, il faut redémarrer la construction européenne là où on l&#8217;avait laissée avant Maastricht !</p>
<p><strong>Que faudrait-il faire pour sauver l&#8217;euro, au moment où l&#8217;asymétrie entre ses membres est rendue plus manifeste par la crise ?</strong><br />
Paul Krugman (Princeton) a montré que, contrairement au critère de diversification, retenu par la théorie des zones optimales, l&#8217;appartenance à une même zone monétaire poussait au contraire à la spécialisation et aux inégalités régionales aux Etats-Unis. Le Massachusetts n&#8217;a pas intérêt à avoir la même monnaie que le Tennessee !<br />
Si l&#8217;on veut surmonter cela pour l&#8217;Europe, il faut donc une structure politique souveraine représentant un intérêt commun, capable de remodeler l&#8217;économie réelle.</p>
<p>Propos recueillis par Antoine Reverchon<br />
Article du Monde paru dans l&#8217;édition du 01.06.10.</p>
<p><strong>Parcours<br />
</strong><br />
1976 Michel Aglietta, diplômé de l&#8217;Ecole polytechnique, publie Régulation et crises du capitalisme (Calmann-Lévy).<br />
1980 Professeur à Paris-X-Nanterre (EconomiX/CNRS), il devient conseiller au Centre d&#8217;études prospectives et d&#8217;informations internationales.<br />
1997 Il devient membre du Conseil d&#8217;analyse économique auprès du premier ministre ; il le reste jusqu&#8217;en 2003.<br />
2002 Il publie avec André Orléan La Monnaie entre violence et confiance (Odile Jacob).</p>
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